L’Eldorado numérique

9782924238035

On voit de plus en plus d’auteurs se lancer dans l’aventure de l’autopublication depuis la venue du numérique. Peut-être parce que le numérique demande moins d’engagement, un investissement moindre, puisqu’il n’y a pas de coût d’impression. Mais il est faux de croire qu’il n’en coûte rien. N’allez pas penser que vous ne ferez que des profits. Il ne s’agit pas, comme plusieurs le croient, d’un Eldorado. Avec le marché qui est tellement jeune et les lecteurs numériques qui ne sont pas encore au rendez-vous, les ventes sont plutôt minces. Bien sûr qu’il n’y a pas d’impression à payer, mais, pour mériter un titre d’éditeur, il faut tout de même agir en conséquence.

Vous devez payer la personne qui prend les décisions éditoriales. Au minimum, une bonne révision est nécessaire. Le monteur professionnel doit bien être payé lui aussi, car, même s’il s’agit de faire un livre numérique, puisqu’aucune feuille de style n’est appliquée lors de la réception du texte, il faut en passer par là pour avoir un « vrai livre » et non un document Word converti. Et, si une version PDF est demandée (car on sait qu’encore beaucoup de gens lisent ce format), nous n’avons d’autre choix que de faire « comme si » nous faisions un livre papier, c’est-à-dire césures, justifications, application de styles, choix et traitement typographiques pour obtenir un livre digne de ce nom ! Ensuite viennent les coûts de la correction sur épreuves, car, il faut l’avouer, on trouve toujours des coquilles dans un livre, même après correction, alors je crois que de se passer de ces « frais » est une erreur, car un lecteur qui détecte des erreurs grammaticales dans un livre, c’est un lecteur déçu, et qui dit déception dit « je ne reviens plus acheter chez vous ». Ensuite, les coûts de conception web pour la mise en ligne de vos livres, le temps investi dans la promotion, la gestion des pages sociales et la veille font augmenter considérablement le coût de production de chaque titre.

Aviez-vous vu ça sous cet angle ? Peut-être que les grosses machines comme Amazon, Apple ou toute autre plateforme qui propose des logiciels et services pour vous autopublier vous en ont mis plein la vue et que vous croyiez qu’il ne s’agissait que d’appuyer sur un bouton pour publier un livre ? Eh non, ce n’est pas ça, être éditeur. Ah ! ce fameux bouton magique !

Certaines personnes pondent des livres de mauvaise qualité avec une collection impressionnante de fautes grammaticales dans chaque chapitre. Ceux-là donnent aussi l’impression par leur production annuelle massive de titres numériques qu’il est facile de publier des livres. Je trouve dommage que ces titres soient mêlés à ceux qui ont réellement été édités et pas seulement « garochés » dans nos librairies. Par le fait même, ils véhiculent une triste image du livre numérique et, en plus, noient les autres titres susceptibles d’être appréciés par un bassin toujours plus grand. Ceux-là qui ont comme argument pour supposément promouvoir le livre numérique qu’après tout, « l’important c’est le texte » ! Eh bien NON, mon cher, l’important c’est de faire un livre avec le texte, sans quoi on n’appelle pas ça un livre, on appelle ça un texte. (Petite montée de lait !) Je ne vise qu’une personne en particulier et vous l’aurez probablement reconnue ; je le prends pour exemple pour son réflexe à publier le plus de livres possible par année, dans l’optique d’arriver à en vivre un jour, plutôt que de miser sur la qualité de chaque livre, ce qui, selon moi, lui assurerait un meilleur avenir.

Pour tous les autres, je ne veux pas être pessimiste, mais il faut être réaliste : mieux vaut avoir un « job à côté » pour pouvoir se lancer dans l’aventure qu’est l’édition 100 % numérique. C’est probablement ce que signifie d’ailleurs le nom choisi par Benoît Gignac pour sa maison d’édition, À temps perdu !

Ces « nouveaux éditeurs » font appel à nous pour notre expertise, notre savoir-faire et nos connaissances du milieu. Vous nous fournissez un texte, nous vous faisons un livre. Certains nous confient l’entièreté de leurs projets, de l’édition à la diffusion, d’autres ne nous demandent que de leur en fabriquer plusieurs versions comme c’est le cas ici avec Les éditions À temps perdu. On voit d’ailleurs que cette maison mise sur la qualité plutôt que la quantité, lorsqu’on visite leur site web, lorsqu’on tombe sous le charme du graphisme de leur couverture, lorsqu’on se rend compte qu’il y a une équipe derrière le livre, pas juste un gars désabusé !

Bon, je vous laisse, je vais lire les enquêtes du sergent-détective Leblanc.

2 Commentaires

  1. Très intéressant ! Nous avons fait suivre à des auteurs pour leur expliquer ce qui en retourne avec les formats numériques. À cela s’ajoutent, bien entendu, les frais d’entrepôt numérique et la remise et la facturation.

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.