Mon père vu de la lune, chapitres 10, 11

Image de couverture de Mon père vu de la lune

RÉSUMÉ / CHAPITRE 1

#mariecliche #monpèrevudelalune #roman #littérature #trilogie #livre #livrenumérique #lecture #chapitres #enligne


Envie de rejoindre Ruth sur la lune ?
Elle vous y attend, tous les mardis à 12 h 00 pour lire de nouveaux chapitres.
Temps de lecture : environ 15 minutes


10

Ouvert l’œil. Le mauvais. Le lendemain midi seulement. Roulée serrée comme une boulette de papier de plomb, me comprimais à me purger. De mon mal, pas du gin. À me purger de mon mal. Le gin pur, ça magane, mais peu. Les effets de ma cuite n’arrivaient pas à m’en distraire. Là, au cœur. Mal au cœur. Essayé de vomir. Mais L’estomac vide depuis des siècles, n’ai craché que de la bile. Faisait encore plus mal. Et l’ado qui me squattait le crâne à m’en donner des visions. Démentes, mes visions. Voyais l’ado en… en Jésus ! ! ! Oui, oui, en Jésus ! Là, entre les colonnes du moulin. Il avançait vers moi… moi en Marie-Madeleine ! Me voyais en Marie-Madeleine ! ! !…Marie-Madelaine la pute. Marie-Ruth-Madeleine et l’ado Jésus me tendant un anneau d’or ? Ce n’est pas tout, vu pire encore. Sur la plage. Nous étions un ! L’ado et moi formions une seule personne : Marie-Jésus. À quatre pattes dans le désert, Marie-Jésus souffrant toutes les horreurs du monde. Rachel aurait été fière de mes fantasmes bibliques. Delirium tremens ! Une attaque de Delirium tremens. Sûr !… En fait, c’est pleurer que j’aurais voulu. Juste pleurer. Me liquéfier. Me répandre en eau saline. Arroser le désert de ma mer intérieure. Ma mer morte. N’y arrivais pas. Pleurer sans larmes c’est comme vomir de la bile. Ne donne rien et ça fait encore plus mal. Le cœur en boule. Là, entre mes seins. Énorme boule. Avant… impossible d’avoir mal puisque je ne me rendais pas compte que j’avais un cœur. Ni les autres, d’ailleurs. Mes seins avaient toujours volé la vedette. Jamais on ne m’avait touchée, là, entre les deux. Y avait une grosse boule, pourtant. Cent fois plus grosse que mes seins. Une montagne, à comparer. De quoi téter jusqu’à la fin des temps. On a rien vu. Ni voulu de mon lait noir. À commencer par moi. Normal ! Sauf que là, Marie-Jésus en voulait, en redemandait du lait noir. L’ado-Jésus du désert… l’ado-Jésus… l’ado… : « Va-t-en l’ado ! »… Pauvre Lapin ! En a presque dégringolé du grenier. S’est rattrapé juste à temps pour aller se réfugier au bout de la poutre. Narines affolées, les oreilles basses, ses yeux rouges se frayaient un chemin à travers la forêt pour aller se fixer sur une feuille de bananier trois milles plus loin. Il essayait de m’éviter. Le comprenais. Faisais la même chose avec mes clients en m’envolant vers la Lune. Lui ai suggéré de faire pareil. Reste à savoir si un lapin peut tomber dans la Lune.

Me suis levée, finalement. Pour m’occuper de Lapin. M’aiderait à oublier mes histoires de boules… l’ado… Marie-Jésus… M’aiderait à m’oublier.

11

Caché derrière un grand mélèze, je veillais sur mon Rêve endormi tout en revoyant mon parcours d’errant. La forêt m’avait fait un cadeau inespéré. Elle m’avait offert une nouvelle vie. Déjà, je ne bégayais plus. Et une coureuse des bois s’était installée chez-moi avec mon dernier lapin. Quoi demander de plus à la vie ? Non seulement la forêt avait changé le monde, mais elle en avait fabriqué un sur mesure pour moi. À moi de le conserver. Pour ça, je ferais tout.

Tout d’abord, réintégrer l’ancien monde. Rachel m’intriguait. Avant de me lancer dans ma nouvelle vie, j’avais besoin d’en savoir plus à son sujet. Retourner à la ferme me permettrait de faire ma petite enquête. J’en profiterais pour vérifier si ma guérison miraculeuse tiendrait la route au contact des autres. Je ferais mes débuts avec les Giguère. Non, je m’essaierais d’abord avec les Holstein. Puis avec Pilou. Ensuite avec les humains. Valait mieux jouer de prudence en y allant progressivement. De toute façon, je saurais vite à quoi m’en tenir. Avec Rachel surtout. Si j’allais rester accroché indéfiniment à la première syllabe et du coup, la décevoir, ou réussir à m’exprimer normalement. En cas de rechute, je pourrais toujours essayer de me rattraper en… en… ? Bon, d’ici à ce que je la revoie, réfléchir à un moyen de limiter les dégâts advenant un échec. Pour l’heure, retourner à la ferme.

Quand j’ai réussi à m’arracher à mon mélèze, la nuit avait déjà fait du chemin. J’hésitais à abandonner mon Rêve. Pour y arriver, j’ai dû la confier à la forêt. Elle serait entre bonnes mains. Et puis, passer une nuit dans le bois, pour une sauvageonne, ne serait rien d’autre qu’une partie de plaisir. Quoique, en redescendant le Chemin de l’Ours, je me suis mis à douter de sa nature. De sa nature de coureuse des bois, je veux dire. À cause de sa façon de boire son gin. Elle avait tenu la bouteille, son petit doigt en l’air. Ça faisait… « fifille », fille-de-ville plus que fille-des-bois. Ça m’agaçait. Je la préférais en chêne et en chevreuil plutôt qu’en asphalte et en Barbie. Mais puisque je n’y comprenais rien aux filles, j’ai douté de mon doute. De toute façon, je l’aimais déjà, Rachel. Telle quelle ! C’est donc l’esprit tranquille que j’ai effectué mon retour au bercail.

Une fois à la maison, j’ai trouvé Pilou qui ronflait sur le pas de la porte. Je l’ai enjambé sans qu’il ne remue d’un poil. Il ronflait toujours. Après avoir franchi la porte comme un voleur, j’ai filé en douce vers ma chambre où je me suis glissé dans mon lit en silence. Seul sous mes couvertures, je l’aimais encore plus. L’éloignement, sans doute. Oui, ça ne pouvait être que l’amour.

Malgré la fatigue, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Le mystère Rachel me hantait. Je me torturais les méninges. Qui était Rachel ? Que faisait-elle au moulin ? Elle se cachait, évidemment. Mais pourquoi ? De qui ? D’où venait-elle ? C’était évident que j’étais le seul à savoir qu’elle habitait mon royaume. Sinon, on l’en aurait déjà délogée. Ou j’en aurais entendu parler. Du moins, avant ma virée d’errant. En tout cas, moi, je garderais le secret. Son secret devenait mon secret. Rachel était mon invitée après tout. Elle pouvait compter sur moi. Sauf que, si elle continuait à dévaliser le frigo, ou, qu’en « fifille des bois », il lui prenait l’idée de s’attaquer aux pis des Holstein pour se nourrir au lait, sa carrière de fugitive serait de courte durée. Encore chanceuse que mon père et Éric n’aient encore rien découvert. Surtout après ce que j’avais vu là-haut. Pas très doué pour le camouflage, ma coureuse des bois. C’était peut-être une coureuse des bois empotée ? Du genre, dernière de classe comme moi ? Ou comme moi pour le sexe-avec-les-filles ? C’était peut-être une coureuse des bois empotée pour le sexe ? Je l’aimais encore plus ! Curieux, l’amour. J’avais toujours cru que l’amour et le sexe ça allait ensemble. Pourtant, je délirais sur Rachel depuis des heures et pas une seule fois l’idée de décrocher ma chaussette qui pendait sous mon lit ne m’avait effleuré l’esprit. J’étais peut-être encore bègue ?… Au fond, je m’en foutais. Ma rencontre avec mon chaînon manquant en serait restée là que je m’en serais contenté tellement c’était bon déjà. Dire que j’avais vu mon Rêve quelque part et que, si la forêt ne s’en était mêlée, je l’aurais ratée. J’en frémissais au fond de mon lit.

Quand je me suis enfin assoupi, le jour se levait. Je n’ai rien entendu du barda matinal des Giguère. Tant mieux ! Je n’étais pas pressé de les revoir. Premièrement, parce que j’avais un million de choses à faire pour me préparer à ma nouvelle vie. Ensuite, parce que j’avais peur d’échouer mon test de guérison. Comme prévu, je parlerai aux vaches d’abord. Tout en m’habillant, j’ai quand même risqué un mot : « Rachel. » Évidemment ! Que j’ai prononcé d’une traite, d’ailleurs. Sans m’enliser dans une suite de « RaRachchllll ». Ça tenait. Fiou ! Du moins avec un mot. J’ai poussé l’exercice plus loin : « Mon beau Rêve. » Évidemment ! Ça coulait comme du petit lait dans mon gosier. C’est madame Doyon qui aurait été fière. Ensuite, je me suis attaqué à plus long : « Ma coureuse des bois empotée. » C’était meilleur à entendre qu’aboutir dans ma chaussette. Ça m’a donné des ailes. Je suis donc descendu à la cuisine, déserte à cette heure, où j’ai avalé une pile de toast au beurre de peanuts. Puis, la tête pleine de Rachel, j’ai filé à la cave. Je finissais de remplir mon pack sac quand tout à coup, j’ai allumé. Je me suis précipité dehors pour rejoindre la poubelle qui déparait le mur arrière de la maison. Avec un peu de chance, mes restes de truite à la crotte de lapin y seraient encore. La puanteur à ranimer un mort m’a vite rassuré. J’ai ôté le couvercle et enfoui mon bras dans les déchets pour en ressortir le journal qui avait servi de table d’opération à mes truites. C’était bien elle. Malgré un bout d’intestin qui lui faisait un petit chignon sur la tête, c’était bien elle, ma Rachel.

L’article m’a tout révélé. D’abord qu’elle venait de la ville. Et qu’elle s’appelait Camille. Camille Lambert. Ça me faisait tout drôle de l’appeler Camille. Une fille de la ville, en plus. J’étais loin de ma Rachel des bois. J’avais l’impression d’avoir perdu un peu de mon Rêve. Déjà. J’ai appris que c’était une pute qui se faisait appeler Ruth. Une enragée, complice d’un certain Tonnerre maniaque de la barre de fer. Camille avait massacré son père. Massacré son père ! Je n’en revenais pas. Elle avait tué son père ! Une « fifille » de l’asphalte. Elle avait réussi, elle ! Une « bandite », ma Camille. Une « bandite » parricide, disait l’article. Recherchée par la police de tout le pays. Rien de moins. Camille, une pute parricide en fugue ! J’en tremblais. Pour avoir tué son père et tenir tête au monde entier comme elle le faisait, il lui fallait des couilles de taureau à la « fifille ». Mon Rêve, mon idole, oui !

Je relisais l’article pour la centième fois quand Éric m’a fait bondir.

« Tiens ! Le Survenant. »

Pris en flagrant délit de lire le journal, je l’ai refermé sec.

« Tu lis le journal, maintenant ? »

L’heure du fameux test de guérison avait sonné. Fallait que je réponde. J’ai ouvert la bouche et j’ai fait non de la tête.

« Une truite t’a mangé la « lalangue », Jérôme ? Dur, le camping sauvage. Alors ? Qu’est-ce que t’as fait durant ces trois jours ? J’me demandais si t’allais revenir, qu’il a dit en jetant un coup d’œil aux décombres du hangar. Papa y est allé un peu fort, j’trouve. »

Une gentillesse d’Éric ! Je ne m’y attendais pas. Ça m’a délié la « lalangue ».

« Jjje, jjje… jjje… » C’était mal parti mon affaire. Je me suis repris.

« J’lispaslejournalj’fouilledanslapoubelle », que j’ai réussi à débiter d’une traite.

Éric a froncé les sourcils.

« Mais qu’est-ce que t’as, toi ? T’es plus pareil, on dirait. Qu’est-ce qui t’est arrivé dans le bois ?

— Rien…rien ! » que j’ai ajouté, tout excité.

Excité, non pas parce que je parlais normalement à Éric mais parce que je me voyais déjà en faire autant avec Rachel. Avec Camille, je veux dire. J’avais hâte de lui montrer que j’étais guéri. Idiot ! Camille ignorait tout de mon passé de bègue. Éric me regardait toujours d’un air intrigué. Sans doute que j’avais dit trop peu jusque-là pour qu’il réalise ma guérison. En fait, qu’il la réalise ou non me passait dix pieds au-dessus de la tête. De toute façon, dorénavant je parlerais encore moins qu’avant. Je ne faisais plus partie du monde.

« À part ça, qu’est-ce que tu lis de si intéressant ? »

Éric revenait à la charge. Ça m’a rendu encore plus nerveux.

« Montre-moi donc ça, ce journal-là. »

J’ai reculé d’un pas puis ouvert le journal au hasard. Je suis tombé sur la page boursière.

« Tu suis les cotes de la bourse, toi, maintenant ? Aurais-tu fait fortune dans le bois ? »

Tout à coup, Éric m’a arraché le journal des mains. La partie du bas s’est déchirée, là où se trouvait la photo de Camille.

« Pouahhh ! a fait Éric, ça pue le diable. »

Et il s’est éloigné en lançant le journal dans la poubelle. À peine avait-il disparu derrière la maison que je me ruais dans les déchets. Par chance, la photo était restée intacte. La déchirure avait tranché le papier le long de l’article. Sauvée, la photo. Je la garderai. Même sale et puante, je la conserverai plus précieusement que mon tout premier lapin s’il s’avisait de ressusciter. Camille était à moi. On m’avait pris mes lapins, personne ne me prendrait ma Camille.

Je suis parti pour le moulin en fin d’avant-midi. Comme d’habitude, j’ai pris par la rivière. Le chemin le plus court, mais le plus dangereux compte tenu de ma charge. Malgré mon attirail, je remontais les rapides fringant comme un saumon pressé de frayer. Sauf que j’étais loin de penser à frayer. Même si j’étais guéri, un ex-bègue quoi, et que, selon les gars, je pouvais maintenant aboutir avec une fille, le sexe-avec-une-fille me posait toujours un problème. Parce que j’aimais Camille. Comme je l’aimais, je rêvais donc à elle sans bander. J’avoue que ça faisait mon affaire. Déjà qu’une fille ordinaire me pétrifiait, une fille avec des couilles de taureau me tuerait. En fait, j’aimais mieux l’aimer. Je priais juste pour qu’elle ne me saute pas dessus à mon arrivée au moulin. Une bonne nuit de sommeil, ça ravigote son homme après tout. Heureusement, Camille avait pris une brosse avant de se coucher. Les effets du gin joueraient en ma faveur. Non, au lieu de m’exciter sur un éventuel frayage, je pensais plutôt à sauver ma « bandite ». J’y arriverais. Fallait juste qu’elle me fasse confiance. Mais pour ça, il fallait que je lui parle. Je lui parlerai. J’y arriverai. Et puis tant pis si je me remettais à bégayer ! J’aurais l’air de l’idiot du village, d’accord ! Mais pour une fois, j’aurais le bonheur de me répéter. D’ânonner des millions de fois tout ce que j’avais envie de lui dire. Je lui dirais que j’étais là, qu’elle pouvait compter sur moi, à deux cents pour cent, que j’avais lu son histoire dans le journal, que je ne dirais rien à personne, qu’elle pouvait rester au moulin aussi longtemps qu’elle le voulait, qu’elle était chez-moi, dans mon royaume, qu’elle était chez-elle chez-moi, qu’elle aurait besoin de moi à cause de la police, absolument besoin de moi, que de toute façon ça tombait bien parce que je l’aimais… de quoi la rassurer, quoi. En tout cas, moi, ça me rassurait de pratiquer mes mots d’amour. J’approchais du moulin quand tout à coup :« Va-t-ennn ! » Un cri à vous étriper sur place. C’était Camille. Elle avait besoin de moi. Déjà.

C’était soit un ours, soit un homme. Un pêcheur probablement. Qui voulait profiter d’elle. Le pêcheur, je veux dire. Il avait dû lire le journal et voulait profiter de la putain ou la traîner au poste de police. Fallait empêcher ça. Pour alléger ma course, j’ai jeté mon pack sac sur la rive et foncé à pleine épouvante. À vrai dire, là-haut, j’espérais tomber sur un ours. Ça me serait plus facile de me débarrasser d’un ours que d’un homme. J’approchais du but. Mais je n’entendais plus rien. Plus un seul cri de peur ou de défense. Ça regardait mal. Encore trois sauts et j’y serais. Quand j’ai bondi sur la plage, je n’ai trouvé personne. Ni bête, ni homme, ni Camille. J’étais arrivé trop tard. Je paniquais déjà quand j’ai aperçu du côté des chutes le derrière de la tête de Camille qui émergeait au-dessus d’un tronc renversé. Un homme ! que je me suis dis. Un pêcheur qui profitait d’elle. Et elle qui n’avait d’autre choix que d’essayer d’acheter son silence. Fini ce temps-là, ma Camille ! Fini de faire la pute ! Tu n’es plus seule. Je suis là. J’arrive ! Mais à quelques pas du tronc qui formait un pont au-dessus du sol, j’ai stoppé net. Camille avait bel et bien les fesses à l’air, mais pour pisser, pas pour baiser. Mes premières fesses de fille… ! J’aurais frappé un orignal de plein front que le choc aurait été moins dur. Des fesses de fille, des vraies fesses de fille, là, qui pendouillaient sous le tronc. Les fesses d’en arrière seulement parce que, celles d’en avant, je n’ai pas osé les regarder. Les quelques petits poils noirs qui dépassaient de ses joues roses avaient suffit à m’achever. J’ai déguerpi aussi vite que j’avais surgi. Et couru me cacher derrière le mélèze de la veille. Par chance, le bruit de la chute avait couvert mes transports, dans tous les sens du terme, aux oreilles de Camille. Mais le lapin, lui, m’avait repéré. Et m’avait suivi. C’était bien le plus futé de tous.

Le temps de me glisser derrière mon arbre que Camille se relevait. En route vers la plage, elle a rappelé mon petit malin. Lapin, qu’elle l’appelait. J’ai trouvé ça original. Lapin l’a écoutée. Du coup, il me sauvait la vie. Un génie, mon petit dernier. Mieux, à peine étendue sur le sable que Lapin s’installait sur le ventre de ma Camille. Courageux en plus de ça. Futé et brave, l’animal. Mais qu’est-ce que je faisais là, moi, l’âne, l’idiot de pissou à trembler dans l’ombre de ces héros ?


CHAPITRE SUIVANT

LIRE LE LIVRE

0 Commentaire

Laissez une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.