Mon père vu de la lune, chapitres 12, 13

Image de couverture de Mon père vu de la lune

RÉSUMÉ / CHAPITRE 1

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Envie de rejoindre Ruth sur la lune ?
Elle vous y attend, tous les mardis à 12 h 00 pour lire de nouveaux chapitres.
Temps de lecture : environ 10 minutes


12

Ça tournait rond dans ma tête. Mais trop vite. L’ado, la Lune, Tonnerre, Marie-Jésus, ma mère, l’homme préhistorique, les moustiques, mon père, Marie-Ruth-Madeleine, la moto, le marais, mon troisième sein… l’ado, la Lune, Tonnerre… délirais à fond sur fond de sable chaud. Pour arrêter le manège, me suis mise à compter les feuilles des arbres. Toute une forêt à compter. M’occuperait un moment. Ç’a marché. Ma tête s’est mise à travailler au ralenti. J’avais décompté un huitième de la ramure du baobab qui faisait son beau au-dessus de moi quand un coup de brise est venu foutre le bordel dans ses feuilles. Et dans mes neurones ! Louchais. Me suis rabattue sur la toison de Lapin qui trônait sur mon ventre. Mille deux cent dix-sept poils plus tard, voyais de nouveau double, triple, quintuple, « milletuple ». Prise en sandwich entre le sable chaud et la fourrure de Lapin, crevais. La rivière… Un bain ! Un bain de glace arrêterait le moulin à vent qui « tournitamboulait » entre mes deux oreilles. Me soulagerait. Me suis levée. Ôté mon running. Trempé mon gros orteil. Pas de chance ! L’eau était chaude. Plombée de soleil. Merde ! Je comptais sur une rivière on the rock pour me geler… Lapin lapait. M’a donné envie de faire comme lui. De me mettre à poil. J’ai tout enlevé. Et me suis assise sur une roche à moitié immergée. L’eau me cernait la taille. Mes seins à l’air volaient le show. Encore. Comme toujours. Me suis enfoncée jusqu’aux épaules. Mieux ! Me sentais mieux. Avant, m’en foutais de mes seins. Là, ils m’écœuraient. Mon sein invisible, le coupable. Me travaillait corps et âme. Me travaillait à la manière des feux de l’enfer. J’aurais voulu que le courant emporte mes seins. Tous les trois. Mon cul avec. De toute façon, le sexe, ça ne m’intéressait pas. Pas plus en solo qu’en duo ou en trio. J’en vivais, pour lui survivre.

13

Après avoir avalé presque toute la rivière, Lapin est venu se réfugier dans mes bras. Le nez planté dans sa fourrure, ensemble, on a regardé Camille se déshabiller. Heureusement, on ne voyait pas grand-chose. Je dis heureusement parce que, même si je me sentais le plus lâche des voyeurs, j’étais incapable d’arracher mes yeux au corps imaginaire de mon Rêve. Je devinais à peine sa silhouette derrière la haie de bleuets encore verts. Son gilet a volé au-dessus du buisson. Son jeans, lui, est allé atterrir sur une branche en l’écartant juste assez pour que j’entrevoie son talon. Mouillé, son talon. Son talon mouillé. Failli m’étrangler de bonheur. J’ai… « j’ai ravalé mon émoi » comme disait le gars dans le roman. J’avais lu ça à l’époque où la maîtresse me faisait encore lire à haute voix avec un crayon en travers de la bouche. Je lisais sans lire, un œil sur le texte et l’autre sur l’horloge accrochée au-dessus de la porte de la classe. De toutes mes lectures, je n’avais retenu que cette ligne. Sans rien y comprendre, d’ailleurs. Mais je trouvais que ça sonnait bien, vrai, surtout. J’avais l’impression que ces mots renfermaient une vérité de toute première importance. « Ravaler mon émoi » …. Évidemment, je n’avais pas osé en demander le sens à madame Doyon devant toute la classe. Les autres avaient sûrement tout compris, eux, inutile de m’humilier davantage en bégayant ma question. Mais dès mon retour à la maison, avant même d’aller « lapiner » un bon coup, je m’étais rué sur le dictionnaire. Émoi :… agitation… effervescence… trouble sensuel, que j’avais trouvé. Trouble sensuel… ? Pour moi, trouble signifiait problème. Le gars, donc, avait un problème. Un problème sensuel. Sensuel :… charnel… sybarite (j’avais ignoré ce mot-là de peur qu’il désigne quelque chose d’épouvantablement grave et douloureux)… propre aux sens. Le gars, donc, avait un problème de sens à ravaler. À part les « bas-golf » de Julie Poirier, je ne voyais pas ce qu’on pouvait avoir à ravaler. Encore moins, comme dans le roman, un rebord de jupe bondissant sur les talons d’une paire de bottines antiques. Bref, je n’avais rien compris. J’étais trop jeune. Mais là, je venais de tout comprendre. D’expérimenter mon trouble « sensuel ». De ravaler mon émoi sur le talon mouillé de Camille. En fait, j’ai bien dû le ravaler une bonne dizaine de fois avant d’y arriver pour de bon. J’avais l’émoi tout fou. Trop fou pour qu’un seul coup de glotte suffise à le calmer. Je bandais comme un bison. Pour être troublé, je l’étais. L’aimer ou faire l’amour ? J’avais tout un problème d’amour. Déjà. Je suis parti récupérer mon pack sac.


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