Un autre talentueux qui nous a quitté récemment.

— Ne l’écoutez pas, murmura Faber. Il essaie de vous brouiller les idées.
Il est retors. Méfiez-vous ! »

Petit rire de Beatty. « Et vous de citer : « La vérité éclatera au grand jour, le crime ne restera pas longtemps caché ! » Et moi de m’écrier jovialement : « Oh, Dieu, il prêche pour sa propre cause ! » Et : « Le diable peut citer les Écritures à son profit. » Et vous de brailler : « Nous faisons plus de cas d’une vaine brillance Que d’un saint en haillons tout pétri de sapience. » Et moi de murmurer en toute tranquillité : « La dignité de la vérité se perd dans l’excès de ses protestations. » Et vous de hurler : « Les cadavres saignent à la vue de l’assassin ! » Et moi, en vous tapotant la main : « Eh quoi, vous ferais-je à ce point grincer des dents ? » Et vous de glapir : « Savoir, c’est pouvoir ! » et : « Un nain perché sur les épaules d’un géant voit plus loin que lui ! » Et moi de résumer mon point de vue avec une rare sérénité en vous renvoyant à Paul Valéry : « La sottise qui consiste à prendre une métaphore pour une preuve, un torrent verbeux pour une source de vérités capitales, et soi-même pour un oracle, est innée en chacun de nous. » »

Extrait de Fahrenheit 451
Ray BRADBURY  1920-2012

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